Sondage : Les Français et l’économie de marché
Sondage réalisé par Opinion Way
1. La défiance face à l’économie de marché s’explique par le sentiment d’injustice qu’elle véhicule
La croissance économique est perçue comme ne profitant qu’à un petit nombre…
Pour 77% des Français la croissance économique ne profite aujourd’hui qu’à une minorité seulement. Ce taux monte à 82% parmi les salariés du privé, plus touchés par la crise et par les conséquences sur leur emploi et leur salaire. A l’inverse, seuls 20% des personnes interrogées considèrent que la croissance profite à une majorité de la population, et 2% qu’elle peut profiter à tous. Ce sentiment de répartition inégale des bénéfices de la croissance concerne l’ensemble des catégories sociales, les
ouvriers comme les cadres.
Cette perception se révèle confirmée par les réponses spontanées des Français sur les qualités et défauts de l’économie de marché. Interrogés sur ses principaux défauts, les Français placent en tête le fait que ce sont toujours les mêmes qui en profitent avec 10% de citations.
… principalement les actionnaires au détriment des salariés
Pour une large majorité de Français, l’économie de marché est une bonne chose pour les actionnaires (87%). A l’opposé, plus d’un Français sur deux (55%) pensent que l’économie de marché n’est pas une bonne chose pour eux personnellement. Si les actionnaires sont perçus comme les grands gagnants de ce modèle économique, les salariés (66%) semblent en être les principales victimes. Sur ce point, si on ne note pas de différences entre salariés du public et du privé, soulignons que
l’intensité de la critique croît lorsque l’on descend dans l’échelle sociale : quand, 62% des cadres pensent que l’économie de marché n’est pas une bonne chose pour les salariés, ce sont 76% des ouvriers qui partagent ce point de vue.
Dans le même temps, le système économique actuel est perçu comme figeant les situations. Pour 73% des Français, il empêche les générations futures de progresser. Seuls 24 % pensent qu’il peut permettre aux générations futures de progresser dans la hiérarchie sociale. Un sentiment là encore partagé par toutes les tranches d’âges et toutes les catégories sociales.
Enfin, à l’heure où la notion de développement durable et de protection de l’environnement prend de plus en plus d’importance dans la société, 52% des Français pensent que l’économie de marché n’est pas compatible avec le respect de l’environnement (contre 45% qui sont d’un avis contraire).
2. Le capitalisme est un terme mal aimé mais tous les principes de l’économie de marché ne le sont pas
Un rapport ambigu au système
L’enquête souligne les contradictions qu’entretiennent les Français avec le système économique.
1. Si l’argent est un mot perçu positivement par une majorité (64%), il faut souligner qu’à l’opposé le profit est quelque chose de négatif pour 60% des Français.
2. La concurrence est un terme positif pour 60% des Français mais 51% jugent négatif celui de libéralisme et 50% la notion de « marché ».
3. 88% jugent que c’est le rôle de l’Etat de rendre l’environnement favorable aux entreprises et 60% que c’est son rôle de contrôler les entreprises.
Cette ambiguïté est également résumée par le fait que 91% des Français pensent que l’objectif d’une entreprise est de faire des bénéfices tout en étant, dans le même temps, 83% à juger que son objectif est de créer des emplois.
Enfin, si 60% des Français considèrent que l’organisation économique de la France est plutôt libérale (ce qui ne la distingue pas tant que ça de la Grande-Bretagne de ce point de vue, 62% pensant celle-ci libérale), protection sociale (56%) et dépense publique (61%) sont pour eux les termes qui caractérisent le mieux le modèle économique français. La liberté d’entreprendre, pilier d’une économie libérale n’arrive qu’en cinquième position avec moins de 21% de citations.
Le terme capitalisme a « mauvaise presse »
Pour 71%, ce mot évoque quelque chose de négatif. Seuls 27% sont d’un avis contraire. Là encore, toutes les tranches d’âge et toutes les catégories sociales rejettent ce mot. Notons même que 47% des sympathisants de droite le perçoivent comme négatif. A l’inverse, 43% des Français considèrent le terme socialiste comme positif (et 54% négatif).
Pour autant, les Français adhèrent à plusieurs principes de l’économie de marché
Parmi ceux-ci, la propriété privée, qui est un des fondements du capitalisme est perçue comme un droit fondamental par 92% des Français, qu’ils se sentent proches de la gauche ou de la droite. De même, pour les Français, la concurrence est quelque chose de positif car elle permet au plus grand nombre d’accéder à des produits qui sinon seraient réservés à une élite (81%). Les ouvriers (78%) sont mêmes plus nombreux à partager ce point de vue que les cadres (70%). Enfin, pour 86% des Français, ce sont les entreprises qui créent de l’emploi et non pas l’Etat.
Plus que le système en lui-même, qui pour les Français a quand même des vertus, c’est surtout une dérive de celui-ci qui est à l’origine pour eux de la crise actuelle. Si 29% pensent que le système ne peut aboutir qu’à de telles crises, 68% en revanche imputent celle-ci à une dérive qui ne remet pas en cause son principe. Certes, sur ce point, il existe un clivage gauche / droite, mais quel que soit leur positionnement sur l’échiquier politique, les Français s’accordent sur cette idée (59% des
3. Un réel souhait de changements mais un certain pessimisme quant à leur mise en place
Le rêve d’un système plus efficace demeure…
Tout cela explique que l’économie de marché soit un système rejeté que par 11% des Français. A l’inverse, seuls 7% déclarent y adhérer. Au final, pour une majorité de Français, l’économie de marché est un système imparfait, et, c’est l’un des grands enseignements de l’étude, on pourrait inventer mieux (58%). Ce sentiment est partagé par toutes les tranches d’âge et toutes les catégories sociales, et convainc même 48% des sympathisants de droite (66% de ceux de gauche partagent cette opinion).
…mais l’espoir de le voir émerger semble faible
Seulement 7% des Français considèrent qu’après la crise, le fonctionnement de l’économie de marché sera profondément modifié. Si tout de même ils sont un sur deux (52%) à penser que l’économie de marché sera modifiée sur quelques aspects, plus d’un tiers ne croient pas en un quelconque changement (39%). Ce « pessimisme » est d’autant plus fort à gauche, puisque 46% estiment que rien ne changera avec la crise, contre seulement 23% des sympathisants de droite.
Aucun acteur ne parait pouvoir engendrer de changement profond
Si les entreprises ou les syndicats de salariés sont les acteurs auxquels les Français font le plus confiance pour améliorer le fonctionnement de l’économie de marché, le taux de confiance qui leur est accordé (43%) souligne bien le pessimisme dont la population fait preuve sur l’évolution du système. Seuls 30% font confiance à l’Etat par ailleurs pour améliorer celle-ci. Et pourtant, 79% des Français pensent que les gouvernants peuvent changer les choses dans le domaine économique.
Redistribution des profits et refonte de la gouvernance du système bancaire sont les deux attentes prioritaires
Pour les Français, deux réformes sont à mettre en œuvre en priorité. Tout d’abord, assurer une redistribution plus forte des profits des entreprises (53% de citations), ce qui n’est guère surprenant compte tenu de la critique sur l’inégale répartition des bénéfices de la croissance et le sentiment que celle-ci profite principalement aux actionnaires. Ils se déclarent également favorable à des changements concernant le système bancaire et sa gouvernance (52%), ce qui ne surprendra guère compte tenu de la crise actuelle.



